Histoire Des Libertines (65) : Femmes Libres D’Hollywood : 2) Pola Negri, La Belle Ténébreuse.

Pola Negri (1897-1987), d’origine polonaise, puis naturalisée américaine en 1951, fut l’une des grandes stars féminines du cinéma muet, en Europe et à Hollywood. Elle fut la première actrice européenne réclamée par Hollywood et fut la femme la plus riche de Californie, avant d’être ruinée lors de la Grande Dépression.

Pola Negri fut l'une des plus adulées et des plus excentriques, sinon des plus talentueuses, stars de l'écran aux temps du cinéma muet. Elle peaufina dans une quarantaine de films, européens ou américains, son personnage de belle ténébreuse, de « dame en noir » au sex-appeal ensorceleur.

On retrouve son personnage dans la série-documentaire « 1918-1939 : Les Rêves brisés de l'entre-deux-guerres », diffusée sur Arte en septembre 2018 et rediffusée sur le câble par la Chaine Histoire

Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler de Pola Negri. C’est à partir de cette série que j’ai eu envie de mieux la connaitre et que je suis arrivée, par mes lectures, à la conclusion qu’elle avait sa place dans cette série de textes.

STAR D’ORIGINE POLONAISE, ELLE DEVIENT POLA NEGRI

Barbara Apolonia CHALUPIEC nait à Lipno dans la partie de la Pologne alors annexée à l’empire russe. Sa mère est issue de la petite noblesse polonaise. Son père, patriote polonais, est arrêté et déporté en Sibérie quand elle est petite. Barbara est élevée par sa mère. Elle débute comme danseuse au sein du Ballet Impérial de Varsovie mais doit abandonner cette carrière à cause de la tuberculose.

Elle prend alors des cours d'art dramatique et grâce à l'aide du vice-président de la direction des théâtres impériaux de Varsovie, elle fait ses débuts au théâtre dès 1912.

En 1914, grâce à son protecteur, elle débute au cinéma dans « L'Esclave sensuelle », film réalisé par Jan PAWLOWSKI. Puis elle signe un contrat avec le studio d'Aleksander Hertz qui la dirige dans plusieurs films.

C'est à cette époque-là qu'elle prend le pseudonyme de Pola Negri, en hommage à la poétesse italienne Ada Negri.

En 1917, Pola Negri quitte Varsovie pour Berlin, où elle signe un contrat avec Max Reinhardt. Celui-ci la dirige au théâtre dans le conte oriental Sumurun, dont Ernst Lubitsch réalise l'adaptation cinématographique avec un grand succès. Prise sous contrat par la compagnie UFA (Universum Film AG), les deux hommes propulsent rapidement Pola Negri au rang de star.

Lubitsch devient son metteur en scène préféré et la dirige notamment dans « Carmen », La « Chatte des montagnes » et « Montmartre ». C’est avec « La Du Barry » que Pola remporte, en 1919, un succès mondial. « Sappho », le film dont elle est la vedette, sort en Allemagne le 6 septembre 1921… mais seulement le 4 mars 1923 aux États-Unis : il aura fallu changer son titre en « Mad Love » et pratiquer des coupes pour pouvoir amadouer la commission de censure !

HOLLYWOOD

Son accent n'étant pas une barrière pour le cinéma muet, ses premiers succès conduisent Pola Negri à Hollywood, où elle est prise sous contrat à la Paramount. Elle est alors considérée comme la rivale de Gloria Swanson (1899-1983) et de Lupe Vélez (1908-1944), surnommée le volcan mexicain. Nous reparlerons de ses deux rivales.

La gloire de Pola Negri est à son apogée durant toutes les années 1920. Elle s'illustre d'abord dans deux films de George Fitzmaurice puis éclate avec « The Spanish Dancer » d’Herbert Brenon, film historique inspiré par Victor Hugo. L'actrice retrouve ensuite Ernst Lubitsch pour « Paradis défendu » (1924), le dernier film de leur association, où elle joue Catherine II de Russie. Après Sappho en 1921, encore un personnage à la réputation explosive !

Après une adaptation de W. Somerset Maugham (« A l’est d’Eden», 1925) par Raoul Walsh, Hollywood tente de l'« américaniser »

UNE VIE PRIVEE PLUTOT AGITEE

Comme ses rivales Gloria Swanson et Lupe Vélez, la vie privée de Pola Negri défraie la chronique :

Elle se mariera en effet trois fois et on lui prêta un certain nombre de liaisons.


Après un premier mariage de 1919 à 1922) avec le comte Eugeniusz DAMBSKI, elle aura, suite à une d’une rencontre en Allemagne, une liaison (platonique ?) avec Charlie Chaplin, dont les gazettes vont faire leurs choux gras, évoquant « l’union de la Reine de la tragédie avec le Roi de la comédie ».

Sa liaison avec la grande star masculine du cinéma muet, Rudolph Valentino (1895-1926), sera célèbre. A la mort de celui-ci en 1926, elle se comporte comme sa veuve. Son attitude durant l’enterrement du célèbre acteur avait irrité les médias (elle s’était soi-disant évanouie plusieurs fois, mais personne ne fut dupe. « Du chiqué ! » dira la presse, qui ne l’aime pas), d’autant que la (fausse) veuve éplorée avait déjà une autre liaison avec le réalisateur Suédois Mauritz Stiller, qui sera son directeur dans trois films, en 1927. Et elle rencontre, en même temps, le prince Mdivani qui veut l’épouser.

ECHEC D’UNE TENTATIVE POUR SE RANGER

En 1927 toujours, elle épouse en seconde noces à Seraincourt, en France, le prince d’origine géorgienne Serge Mdivani (1903-1936).

Pola attend un , quand son contrat avec Paramount arrive à échéance en 1928. Elle décide de ne pas le renouveler (les méchantes langues disent que c’est la Paramount qui décida de ne pas renouveler) et de déménager en France pour s’occuper de sa famille.

Elle s'installe près de Paris dans le village de Seraincourt. Elle habite le château de Rueil qu'elle vendra, lorsque la crise de 1929 l'aura en partie ruinée. Pola et son prince se sépareront dès 1929 et définitivement en 1931. Son époux avait dilapidé toute sa fortune sur de fort mauvais placements.

Cela coïncide avec l'arrivée du cinéma parlant qui devait porter un coup fatal à la carrière de nombreuses stars. Quelques mois plus tard, Pola fait une fausse couche et sombre dans une profonde dépression. Sa mère l’encourage alors à retourner devant les caméras. Elle accepte l’offre de la Gaumont.


Les réalisateurs français Tony Lekain et Gaston Ravel envisagent d'engager Pola dans « Le Collier de la reine », premier film sonore français, mais son mari refuse qu’elle apparaisse en partie dénudée !

Les mêmes réalisateurs la contactent de nouveau quelques années plus tard pour jouer dans un film Pathé, « Fanatisme » (1934), se déroulant sous Napoléon III. Pola, qui a divorcé en 1931, accepte l’offre.

DES RELATIONS COMPLEXES AVEC LE 3ème REICH : POLA ET LES RUMEURS

En 1935, Pola tourne avec le réalisateur allemand Willi Forst, dans « Mazurka », qui lui permet de renouer avec la UFA, devenue un organisme d'État sous le régime nazi. Elle doit cependant prouver à Goebbels qu'elle n'est pas juive polonaise ! Pola Negri apparaît dans cinq autres films produits par UFA. Elle est alors l’actrice préférée d’Hitler.

CALOMNIEE

Dans son n°450 du 1er juillet 1937, l’hebdomadaire « Pour vous » propose un article détonnant sur « Les Trois Stars du IIIème Reich » qui insinue (et la rumeur, dès lors, courra) que Pola a une liaison avec Hitler :

« De Pola Negri, dont la récente maladie a défrayé l’opinion beaucoup plus que n’avait pu le faire son dernier film « Madame Bovary », on avait eu fort peu l’occasion de parler jusqu’au jour où une intervention personnelle du Führer en sa faveur a quelque peu surpris et ému. On se souvient que le chancelier Hitler n’avait pas voulu prendre position contre certains critiques tourmentés par les questions raciales et qui trouvaient Pola Negri bien brune pour une aryenne authentique.
Nous nous étions demandé en effet quel mobile puissant avait bien pu amener le chef de l’Etat allemand à sortir de sa réserve pour donner un certificat aussi singulier à Pola Negri et il n’en avait pas fallu plus pour prétendre que cette artiste avait pris dans le cœur du Führer la place laissée vacante par la disgrâce de Leni Riefenstahl. Personne n’a pourtant jamais entendu dire que Pola Negri ait été, comme jadis Leni Riefenstahl, l’invitée du chancelier Hitler à Berchtesgaden… »

Pola intentera un procès à cet hebdomadaire et le gagnera.
Cette rumeur portera atteinte à sa réputation. Elle est d’autant plus surprenante quand on connait les relations d’Hitler avec les femmes, qui n’avait rien à voir en tout cas avec le donjuanisme de son homologue italien Mussolini (j’ai prévu de parler de ses nombreuses maîtresses)

LA RUMEUR DE DACHAU

Dès 1938, Pola est la cible d’une autre rumeur, exactement inverse, qui fait d’elle une adversaire du régime et qui aurait été emprisonnée pour cela.

Voici ce qu’écrivait au sujet de Pola un autre magazine, « Pour nous-L’intran »fin 1938 :

« Depuis quelques semaines, une femme a disparu des salons berlinois. Mais ce n’est pas parce qu’elle est dans sa petite villa de la banlieue de Cracovie, ni à Venise où on la croyait en villégiature. Cette femme n’est pas sortie d’Allemagne. Depuis qu’on a constaté sa soudaine disparition, au début du mois de septembre, aucune nouvelle officielle n’a permis de savoir ce qu’elle est devenue. Une seule indication, discrète mais formelle, est venue coïncider avec l’abandon soudain du somptueux appartement que Pola Negri occupait dans un grand hôtel d’Unter den Linden et où ses bagages se trouvent encore, bien que sa correspondance ait déjà été saisie.
Cette indication laisse entendre que Pola Negri, arrêtée le 10 ou le 12 septembre, fut immédiatement mise sous surveillance, jugée, puis envoyée à Dachau.
Pola Negri aurait succombé aux attaques de ses deux ennemies intimes : Leni Riefenstahl et la princesse Stéphanie de Hohenlohe von Wildenburg-Schillingfurst. La course à l’influence sur le Führer, que l’on avait crue déclenchée entre ces deux femmes et Pola Negri, ne paraît pas avoir été le véritable motif de leur rivalité.
On aurait accusé l’ex-Mme Valentino, ex-princesse Mdivani, etc., de s’être laissé aller à publier sous un pseudonyme, dans un journal polonais, quelques indiscrétions sur les difficultés économiques allemandes, ainsi que quelques échos qui paraissaient avoir été recueillis à la chancellerie même. »

RETOUR A HOLLYWOOD

En réalité, sans aller jusque là, Pola Negri finit par prendre ses distances envers le 3ème Reich et choisit de vivre en France. Elle travaille un temps pour la Croix-Rouge en même temps qu’elle tourne continue à tourner en Allemagne pour la UFO.

Après l’invasion de la France, elle choisit de fuir le régime nazi pour rejoindre Hollywood, parmi les milliers d’Européens émigrés par bateau pour les États-Unis via Lisbonne.

FIN DE CARRIERE

Pola Negri, installée désormais à Hollywood, ne tournera plus désormais que des films sans importance. Dans les années 1950, Pola Negri est productrice. Au début des années 1960, Walt Disney la convainc de jouer un dernier rôle dans « La Baie aux émeraudes », sorti en 1964. La même année, l'ancienne star reçoit un prix pour l'ensemble de sa carrière, au Festival International du Film de Berlin. Elle mourra d’une pneumonie à l’âge de 90 ans.

STAR ET CITOYENNE DU MONDE

Je retiens, outre sa beauté, qu’elle fût une femme libre et indépendante, assumant ses différentes cultures, une citoyenne du monde partagée entre sa Pologne natale, l’Amérique et l’Europe, en particulier l’Allemagne, où s’est déroulée une grande part de sa carrière, et la France, où elle a vécu de 1927 à la guerre.

J’avais envie d’évoquer cette grande actrice, sans occulter sa part d’ombre dans les années 30, quand bien même elle ne fut ni soutien du régime nazi, qui s’est servie de son image, ni résistante. Son départ d’Europe la met à l’abris mais marque aussi la fin de sa carrière.

PRINCIPALES SOURCES :

Outre l’article Wikipédia dont je me suis inspirée, je renvoie au lien suivant, qui parle des rumeurs qui ont concerné Pola au sujet de ses relations avec l’Allemagne nazie :

• https://culturesco.com/index.php/2019/03/07/pola-negri-1897-1987/

Aucune autre source, malgré mes recherches, n’atteste ce séjour à Dachau. Si des lecteurs/lectrices ont d’autres informations à ce sujet, je suis preneuse.

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